Mars attaque ? La pollution au fil des saisons... (station de Chamonix)

09/03/2017

Eh oui, l’hiver n’est pas tout à fait fini… Et il y a lieu de s’inquiéter de ce qu’il peut encore nous réserver… Certes, ce qui s’annonce ne sera sans doute pas très « spectaculaire » : les cartes d’Air Rhône-Alpes ne seront pas « noires » ; il n’y aura pas de « pics de pollution » (encore que…) ; pas de « dispositif préfectoral » (encore que…) – bref : pas de pollution ?

En fait, si…

Au point d’ailleurs qu’il y a de solides raisons de penser que nous respirons chaque année, autour du mois de mars, l’air le plus vicié qui soit. Seulement, le dispositif de suivi de la qualité de l’air, tel qu’il fonctionne, ne le montre pas – du moins pas tant que l’on pourrait s’y attendre au vu des concentrations de polluants enregistrées à cette période de l’année.

En voici la raison : tout au long de l’année, l’Indice de la Qualité de l’Air (IQA) nous fournit une indication du niveau de pollution qui, au final, tient en une seule valeur : celle qui atteint le niveau le plus élevé parmi les 3 indicateurs de pollution qui sont pris en compte par l’IQA.

Cette méthode peut être tenue pour relativement satisfaisante lorsque les régimes de pollution sont très typés (en été et en hiver) : c'est-à- dire lorsqu’une catégorie de polluants domine nettement les autres, si bien qu’elle peut être tenue pour responsable, à elle seule, de la pollution ambiante. Il ne porte alors pas à conséquence que nous ne disposions pas d’information sur les 2 autres (dont les niveaux de concentration sont généralement plus faibles, voire insignifiants).

En revanche, dès que le régime de pollution se fait plus « composite » (comme c’est le cas aux intersaisons et en particulier au printemps – où les différentes catégories de polluants sont bien mieux « mélangées » dans l’atmosphère), l’Indice peut devenir trompeur : car il continue de fournir une seule information, concernant un seul des 3 indicateurs… tandis que les niveaux des 2 autres peuvent alors afficher des niveaux bien plus significatifs.

[Le Lapin a déjà identifié ce point dans l'article > « IQA comment ça (ne) marche (pas) ? » / C’est aussi la raison pour laquelle la page « prévisions quotidiennes » affiche les cartes des 3 indicateurs : afin de disposer d’une information plus complète, qui permet notamment de se faire une idée du niveau de « mélange » de la pollution ambiante]



Ce graphique (qui compile les données mensuelles enregistrées à la station de Chamonix depuis 2010) montre ainsi avec quelle régularité se suivent (et se ressemblent) « les saisons de la pollution ». Dont 2, en effet, sont très typées : un « été » où dominent les concentrations d’ozone (en vert), et un « hiver » où s’imposent celles en microparticules et en dioxyde d’azote (en bleu). Cependant que 2 points de bascule inter-saisonniers apparaissent, au printemps et en automne : des périodes de transition, pendant lesquelles les contributions des différents indicateurs sont plus équilibrées : le fait que les courbes se croisent à un niveau relativement haut (marqué par les étoiles) au printemps, indiquant que ce mélange est alors plus concentré qu’en automne, où elles se croisent à un niveau bien plus bas (marqué par les cercles).

Une différence que l’on peut voir apparaitre sur le graphique ci-dessous, où sont additionnées les valeurs de concentration mensuelles des 3 indicateurs, et qui représente donc leur « charge cumulée » en microgramme/m3 d’air. Où l’on voit que cette charge est chaque année la plus légère en automne (la valeur mensuelle la plus faible étant celle de septembre [2010] puis d’octobre [2011-2016]) ; tandis qu’elle est au contraire la plus lourde, le plus souvent en fin d’hiver [2010-2014] – quoiqu’aussi, ces deux dernières années, en juillet [2015] et en décembre [2016].



Marquées par des évènements a priori exceptionnels (une forte canicule à l’été 2015 et un mois de décembre entier passé « sous dispositif préfectoral » en 2016), ces deux dernières années ne contredisent sans doute pas une tendance qui, du reste, y demeure discernable : chaque année, un « pic » de concentration se dessine, en fin d’hiver, dont la particularité est d’être constitué en même temps (à charges égales ou presque) par les 3 indicateurs de pollution.

Ce « pic » printanier signale-t- il alors ce qui pourrait être le « pire » moment de l’année (autant que l’automne serait au contraire le meilleur) ? Il n’est pas facile – sinon impossible – de répondre de façon certaine à cette question. Non seulement, bien sûr, parce que les niveaux de toxicité des polluants sont – à masses égales – différents[1], mais aussi et surtout parce que les « effets cocktails » (les interactions entre différentes catégories de polluants) sont encore très peu connus, si bien que nous ne savons guère aujourd’hui s’il vaut mieux respirer « beaucoup d’ozone et un peu de PM10 et de NO2 » ou « un peu moins d’ozone mais tout autant des deux autres » (étant entendu que derrière chacun de ces 3 indicateurs se cachent des centaines de polluants différents dont nous savons très mal de quelles manières ils se comportent entre eux, à la fois dans l’atmosphère, et dans leurs répercussions sanitaires).

Cela dit, il est au moins permis de se reporter à l’échelle de toxicité des différents indicateurs telle qu’elle est établie par l’Indice de la Qualité de l’Air (puisque à chaque valeur de l’indice correspond un niveau de toxicité relatif à chaque indicateur). Et d’ainsi poser une question toute simple, à partir d’un exemple tout bête (illustré par les graphiques ci-dessous) : le « jour 1 » est-il plus ou moins pollué que le « jour 2 » ?



Pour l’Indice de la Qualité de l’Air, la chose est claire : le « jour 1 » est le plus pollué, puisqu’en ne retenant que la valeur la plus élevée des 3 sous-indices, il affichera donc un indice « 6 » (et pour le « jour 2 » un indice « 4 »). Imaginons cependant que nous tenions compte des 3 sous-indices (graphique de droite) : quand bien même aucun des 3 n’atteindrait un niveau critique, on voit qu’ils peuvent pourtant, et tous ensemble, atteindre des valeurs relativement hautes… A tel point que si on les additionnait, c’est le « jour 2 » qui serait sans conteste le plus pollué (la somme des sous-indices étant égale à 12, contre seulement 9 pour le « jour 1 »).

Est-il donc si certain qu’il vaille mieux respirer le second jour plutôt que le premier ? La question reste en suspend… Et ce n'est à ce jour qu’une hypothèse, mais il y a de quoi suspecter que le « point de bascule » printanier marque bien la « pire » période de l’année… Hypothèse que le Lapin continuera à creuser, jusqu’à ce qu’elle puisse être validée ou infirmée : le comportement régulier des indices, qui chaque année témoigne d’un « haut le cœur » centré sur la saison la plus fragile (le printemps), étant trop préoccupant pour ne pas être fouillé plus avant…

@ suivre…

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[1] Ainsi et pour un même niveau de pollution, l’indice de la qualité de l’air « tolère » davantage d’ozone (jusqu’à 129 ug/m3 pour un niveau 5 de l’indice par exemple) que de PM10 (jusqu’à 34 ug/m3 seulement pour un même niveau 5), ce qui soulève l’épineuse question de la pertinence des seuils appliqués aux différents polluants)…